19.08.2007
Franc maçon et pélerin de Saint Jacques de Compostelle
Quelque part dans les Pyrénnes.
Derrière moi le chemin qui a conduit l'homme des plaines que je suis de Vézelay jusqu'à ce col à plus de 2600 mètres par lequel, sauf quelques randonneurs et montagnards, personne ne passe.
Devant, à perte de vue, et que je devine, la terre d'Espagne. Au fond, dans la vallée, la tache émeraude d'un lac glaciaire.
J'ignore encore ce que le Chemin me réserve mais je sais ce qu'il m'a déjà donné.
Chrétien, je suis parti sans savoir pourquoi? En cheminant plutôt qu'en pèlerin, franc-maçon à qui l'on a fait faire de nombreux voyages les pieds sur le pavé mosaïque et la tête dans la voûte étoilée. Jeune apprenti, j'ai appris le silence, le travail sur soi et avec les autres, l'obéissance à la Règle qui n'est pas sans analogie avec celle de St Benoît.
Devenu maître, j'ai connu la mort symbolique et bien plus encore. J'ai aussi connu la joie et l'amertume de ce cheminement fraternel dans cette vallée de larmes et de roses qu'est la voie maçonnique.
Qu'est-ce que je fais là sur ce col? Seul au milieu de la solitude. Un vent léger et doux m'apaise, le ciel est lumineux, plein de promesse.
Il est temps de repartir. Je me retourne une fois encore vers le pays de France. Et là je me vois partant de Vézelay dans un petit matin enchanteur, m'engageant léger sur cette route dont j'ignore tout. Je suis marcheur dans la lumière et dans l'ombre des forêts. J'erre dans des fonds de vallées nauséeux, des marécages glauques, des ronciers hostiles. Je le rencontre, lui, qui ricane de me voir souffrir. "Abandonne" me souffle-t-il sans cesse. Sur ma tête les noirs corbeaux semblent rigoler eux aussi. Me voici abordant un champ de blé empli de coquelicots dans la lumière du soir, rencontrant des hommes accueillants, d'autres indifférents. Accueilli par les uns, rejeté par d'autres comme ce prêtre de paroisse débordé de travail.
J'ai jeté mon sac au pied d'un Christ de rencontre en lui disant "Si c'est Toi qui m'a conduit ici et si tu veux que j'aille au bout alors fais quelque chose car moi j'arrête". J'entends encore ce pas derrière moi et cette voix "Vous allez à Compostelle monsieur?" , "Oui", "Alors venez, ce soir vous dinerez chez nous et vous y dormirez aussi, si vous voulez bien".
J'ai regardé ce Christ... et il m'a semblé qu'il me souriait.
D'étapes en étapes, de rencontres en rencontres, de joies en peines je suis arrivé ici. Me tournant alors vers ce chemin qui m'attend j'ai le sentiment d'unifier ce que j'ai déjà fait et ce qu'il me reste à faire.
Je comprends alors que c'est là le chemin de l'âme au terme de notre vie terrestre. Et j'ai chanté à pleine voix "Le Seigneur fait pour moi des merveilles. Saint est son Nom".
Jean-Marie, internaute
19:10 Publié dans expérience spirituelle témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : franc maçon, saint jacques de compostelle, pélerins, christianisme















