18.05.2007

Lectio divina, la saveur des Ecritures

‘’Qui est attentif à la Parole trouve le bonheur
Qui se fie en Dieu est bienheureux ‘’
Proverbes (Ancien Testament) 16,20


medium_chartreux.jpg

‘’ La lecture est l’étude attentive des Ecritures, faite par un esprit appliqué… La lecture apporte une nourriture…

La méditation est une opération de l’intelligence, procédant à l’investigation studieuse d’une vérité cachée, à l’aide de la propre raison… La méditation mâche et triture cette nourriture…

La lecture est dans l’écorce, la méditation dans la moelle…

La prière est une religieuse application du cœur à Dieu pour éloigner des maux et obtenir des biens…

La contemplation est une certaine élévation en Dieu de l’âme attirée au-dessus d’elle-même et savourant les joies de la douceur éternelle… ‘’


medium_guigues.jpg

Guigues II le Chartreux +1188 (moine chartreux : contemplatif semi ermite)

19.04.2007

Nous entraîner dans une ronde

medium_frère_Roger_de_Taizé3.jpg

Prenant tout sur Toi silencieux,
Récapitulant toutes les détresses du monde,
Pour nous entraîner dans une autre ronde ?

Avec nos actes de trahison,
Avec nos peurs et nos abandons,
Avec nos paroles de haine et de condamnation,
Avec nos faux-témoignages et nos vociférations,

Avec la couronne de notre mépris,
Avec nos crachats et nos moqueries,
Avec ton dos flagellé,
Avec nos clous profondément plantés,

Tu ne murmuras pas contre ton Père,
Ni ne nous reprocha notre cœur amer,
Mais Tu en fis ta couronne d’infinie miséricorde,
Nous sauvant à jamais de la haine qui déborde.

Avec notre humanité blessée,
Portant le poids de ses péchés,
Tu assumas notre déréliction,
Pour que ta tendresse brise notre réclusion.

N’étais-Tu pas « l’être-fait-péché »,
Assumant en Toi notre perversité,
Cette puissance de haine et de mépris,
Consumant tout par le feu de l’Esprit ?

Par le jugement de la Croix,
Ta justice et ta miséricorde montraient la voie,
Justice qui révèle, et expie notre péché,
Miséricorde qui pardonne, purifie et récréer.

Avec ton Cœur transpercé,
Avec l’eau et le sang qui en jaillissaient,
Tu en fis la sève de ton Eglise,
Sur qui Satan n’a aucune prise.

Car telle est la victoire de l’Amour
Par ta mort et ta résurrection pour toujours,
Tu fais de nous des créatures nouvelles
Nous délivrant de la blessure originelle.

Notre victoire est en Toi,
Victoire de notre foi,
Et toute la souffrance du péché
Devient en Toi une oblation assumée.

O force infinie de la faiblesse de Dieu,
L’Amour consumait tout en ce lieux;
O toute puissance de ton impuissance
Pardonnant et brisant nos offenses.
medium_orant5.gif
Pouvait-on tuer l’Amour
De Celui qui est de toujours
Celui qui te livra entre nos mains,
Pour être vainqueur du mal par le bien ?

Pouvait-on tuer l’Amour
De Celui qui attendait notre retour,
Notre Père des cieux
Aux yeux de qui nous étions précieux ?



Texte préparé pour le vendredi saint par frère Philippe, moine cistercien trappiste de l'abbaye de Cîteaux (Côte d'or)

08.04.2007

Contemplation pascale

Apprends-nous donc de ton Cœur
Ce chemin vers les profondeurs,
Apprends-nous donc l’intercession,
Où ta miséricorde se fait passion.

C’est par les psaumes ou par le Rosaire,
Que Tu creuses en nous ton sanctuaire,
Nous imprégnant de ce parfum
Qui nous presse d’être importun.

Et c’est bien là ce que Tu veux
Que notre Amour brûle audacieux
Pour tous les hommes dans la peine,
Demandant pour eux qu’on les soutienne.

Apprends-nous donc la Lectio,
Où l’Ecriture devient dépôt,
Si nous venons à Toi en petit enfant
Heureux d’être pour Toi un confident.

Que ton Esprit nous fasse connaître
Les profondeurs qui nous font naîtrent,
C’est par la connaissance de ce que nous sommes
Que ton salut se déploie et se consomme.

Apprends-nous aussi cette méditation
Qui nous enracine dans ta Passion
Et par les fruits de ta résurrection
Nous confond d’Amour pour ton Nom.

Apprends-nous aussi l’Oraison,
Ce temps gratuit et d’abandon,
Où devant le Saint Sacrement,
Les mots sortent tendrement.

C’est par une attention amoureuse,
C’est dans une pudeur précieuse,
Que l’âme pénètre en ton intimité
Se découvrant enfant pardonné.

Murmurant ta Parole
Elle trouve sa joie et s’envole,
Plus elle se fait pauvre et solitaire,
Plus Tu l’embrases et Tu la serres.

Apprends-nous vraiment cette solitude,
Où l’âme se garde de toute servitude,
fuyant les consolations de ce monde
Pour être unie à Toi et devenir féconde.

Apprends-nous ainsi ces moments précieux
Où l’on se retire pour être tout à Dieu,
Ces moments-là sont nécessaires
Pour être partout ton sanctuaire.

Mets en notre cœur ta douceur,
Enivre-nous du brasier de ton Cœur,
Revenant à nous-même nous pourrons témoigner
De l’infinie fécondité de ton Cœur Sacré.

Apprends-nous aussi à nous contenter
De la moindre miette donnée,
Nous profiterons des opportunités
Pour venir auprès de Toi quêter.

Nous nous retirerons dans le secret
Et trouvant notre joie dans cette intimité,
Nous ouvrirons pour Toi ce trésor caché :
Ta Parole de Vie qui vient nous abreuver.

Tu ne repousses pas un cœur embrasé,
C’est ta miséricorde que nous venons quêter,
Mets en notre cœur cette pauvreté
Qui sait auprès de Toi venir frapper.

Ouvre nos yeux sur tes saints,
Sur les préférés d’entre les tiens,
Qui pour Toi ont tout laissé
Afin de te suivre et de tout gagner.

Il y a ceux qui t’ont suivie
Par leur obéissance en cette vie,
Il y a ceux qui ont intercédé
Puisant en Toi la force d’aimer.

Mais quel que soit leur choix sur cette étroite voie,
De ta miséricorde ils ont connu la loi,
De façon telle que maintenant au ciel
Ils sont pour nous un solide archipel.

Et toi Marie servante du Seigneur,
De la miséricorde tu es la demeure,
Ne l’as-tu pas neuf mois durant portée,
N’en as-tu pas été toute imprégnée ?

La miséricorde à épousée ta chair
Et en a fait une demeure exemplaire,
Toute ta vie a été exaltée
Ton ardent désir a été récompensé.

Et maintenant notre âme assoiffée,
Sait vraiment où venir puiser,
Tu ne peux refuser ton aide toute puissante
Aux âmes qui vers toi se tournent suppliantes.

Mais il nous faut venir puiser
A cette source de ton Cœur Sacré,
Pour ne pas être une citerne fêlée,
Une terre qui s’ignore aveugle et desséchée.

Car Tu nous demandes quelque soit le lieu
De venir prier dans la crainte de Dieu,
Par la psalmodie ou par le Rosaire
De venir puiser une eau salutaire.

Apprends-moi donc cette vigilance,
Sobre et éveillée dans l’espérance,
Pour arriver à prier en tout temps
Jusqu’au Jour de l’éternel printemps.


Texte préparé par frère Philippe, moine de l'abbaye de Cîteaux (cistercien trappiste)

28.07.2006

L'expérience mystique cistercienne

medium_meditant3.jpgPlus riche qu'est la réalité révélée objective, plus profonde et transformante aussi en sera l'expérience subjective. C'est dangereux d'oublier que la morale a besoin du dogme, et que la spiritualité (existentia fidei) a besoin de la théologie (inteligentia fidei). Puis, la mystique n'est-elle pas la fleur de la vérité révélée, qui elle-même est la racine de la mystique?

medium_citeaux_vitrage.jpgPendant tout le XIIème siècle, le siècle de Cîteaux, il régnait un équilibre exemplaire entre l'aspect objectif et l'aspect subjectif de la mystique chrétienne. La révélation n'était pas considérée comme une série de vérités, extérieures à la personne, mais comme une vie qui transformait et remplissait la personne, parce qu'elle touchait les désirs les plus profonds du coeur humain. L'expérience personnelle restait toujours soumise à l'objectivité du donné révélé : Suis l'avis de la foi et non celui de ta propre expérience, car c'est seulement par la foi que tu peux atteindre ce qui est au-dessus de la raison (Bernard, Quad 5,5 ; SC 76,6). La mystique est ainsi une réalité de la grâce, qui accompagne toute la vie du croyant, et le transforme de lumière en clarté, et de braise en feu.

L'expérience est une notion fondamentale dans la doctrine des premiers cisterciens ; et la raison est très simple : toute leur spiritualité est basée sur l'amour. Il n'est donc pas rare qu'ils nous invitent à elle et la désirent ardemment.

L'emploi plus fréquent du terme et l'expérience spirituelle plus courante, dans la doctrine de Bernard et d'Elrède, consiste dans l'expérience de la recherche et du progrès spirituel, expérience de l'amour dans le chemin vers Dieu à travers différents étapes et grades. Cette expérience de l'amour, dans sa manifestation la plus claire et forte, consiste dans le consentement libre à la volonté divine : Cherche le Verbe afin de consentir, c'est lui qui te donne la grâce de consentir (Bernard, SC 85,1).

medium_colombe4.jpgC'est clair que nos Pères n'ignorent pas l'expérience proprement mystique, même s'ils n'en distinguent pas toujours le caractère plus ou moins extraordinaire. Ils emploient une grande variété de termes et de symboles pour en parler : repos, sabbat, extase, visites, baisers, embrassements union, élévation, oisiveté, mariage, unité d'esprit, déification

Pour nos auteurs, l'expérience ascétique et l'expérience mystique sont deux réalités conjointes dans un seul procès surnaturel vers Dieu.

medium_don_bernardo.2.jpg

Lettre de Dom Bernardo OLIVERA, abbé général des cisterciens trappistes (ocso) en janvier 1999

13.07.2006

l'expérience mystique et spirituelle chez les cisterciens

medium_trinite_elephant.2.jpg

Le charisme cistercien, dès son origine, a réussi à donner une réponse inculturée aux besoins du monde et de l'église. Le succès du phénomène cistercien ne peut s'expliquer que par ce qui se trouvait à ses racines : l'expérience mystique et spirituelle. Les besoins les plus profonds que nous vivons aujourd'hui ne sont pas trop différents de ceux du XIIème siècle. Cela explique pourquoi nos mystiques médiévaux se révèlent si actuels pour un monde qui a soif de mystère et d'expérience. Mais il ne suffit pas qu'eux ont été des mystiques, nous aussi, nous devons l'être. Il sera ainsi quand nous ouvrons notre coeur à l'oeuvre du Saint Esprit et coopérons avec Lui :

medium_trinite_roubleev.2.jpg
"Cette manière (mystique) de penser à propos de Dieu ne dépend pas du vouloir du penseur, mas du bon plaisir du donateur ; pour parler clair, elle se produit quand l'Esprit-Saint, qui souffle où il veut, quand il veut, comme il veut et pour qui il veut, envoie son souffle dans ce sens. Mais il est au pouvoir de l'homme d'y préparer constamment son coeur. Qu'il dégage à cet effet sa volonté des affections étrangères ; sa raison, son intelligence, de toute préoccupation : sa mémoire, des occupations inutiles ou embarrassantes, voire même parfois des occupations nécessaires". (Guillaume de St Thierry, cistercien, 1085-1148, "Lettre d'or", 251)

Don Bernardo Olivera, Abbé général o.c.s.o. (cistercien trappiste) 1999

12.06.2006

le martyr de la charité

medium_coeur.jpg


Le témoignage de Jésus jusqu'à la mort, son "martyre" est martyre d'amour, de l'amour pour l'homme, pour tous les hommes.

Hélas ! nous avons tous assez vécu pour savoir qu'il nous est impossible de tout faire par amour, donc de prétendre que notre vie soit un témoignage d'amour, un "martyre" de l'amour.
D'expérience, nous savons que les petits gestes coûtent souvent beaucoup, surtout quand il faut les répéter chaque jour. Laver les pieds de ses frères le Jeudi Saint, passe encore, mais s'il fallait le faire quotidiennement ? et au tout venant ?

Nous avons donné notre coeur "en gros" à Dieu et cela nous coûte fort qu'il nous le prenne au détail.

Prendre un tablier comme Jésus, cela peut être aussi grave et solennel que le don de la vie...et vice versa, donner sa vie peut être aussi simple que de prendre un tablier.


Père Christian de Chergé, prieur de Tibhirine (Algérie. Martyr le 21 mai 1996). Jeudi Saint 31 mars 1994.

Entre tes mains, Seigneur

medium_christ4.jpg


"Toi qui pleures mon ami
Ramasse ton coeur
Prends ma misère
ELEVE à 2 mains
Ton cri

Toi qui souffres mon ami
Rassemble ta chair
Saisis ta croix
Donne à 2 mains
Ton corps

Toi qui meurs mon ami
Recueille ta nuit
Lâche tout
LIVRE à 2 mains
Ton souffle

Toi qui chantes mon ami
Oh de tout coeur
MERCI".



Extrait de "Aime jusqu'au bout du feu" (poèmes de Frère Christophe moine trappiste martyr de Tibhirine (Algérie. 21 mai 1996).